Bibliothèque · voiliers de série
Bavaria 36, 1998-2015 : quatre bateaux sous un même nom.
Avant tout achat, la première question n’est pas « le Bavaria 36 est-il un bon bateau ? » mais « lequel des Bavaria 36 est-ce ? ». Le chantier allemand a mis quatre bateaux complètement différents sous ce même nom entre 1998 et 2015, plus un cinquième sorti en 2022 — et la plupart des sites du web, y compris des sites français réputés, les mélangent allègrement. Cette page démêle les générations, puis dit ce que les propriétaires de chacune rapportent, avec l’origine de chaque affirmation. Nous n’avons pas vu votre exemplaire : ceci sert à savoir quoi regarder.
L’enjeu n’est pas théorique : des sites d’annonces indexent sous le nom « 36 Cruiser » des bateaux de 2002 à 2004, huit ans avant que la gamme Cruiser n’existe. Un acheteur qui filtre par nom de modèle attrapera systématiquement le mauvais bateau. Et un « Bavaria C36 » de 2022 est encore tout autre chose : plus rien à voir avec cette page, sauf le chiffre.
Quatre bateaux, quatre fiches
La chronologie la plus probable, fiches séparées du chantier à l’appui : 36 (1998-2000), renommé Bavaria 37 en 2000, puis nouveau 36-2/36-3 (2002-2004), puis 36 Cruiser (2005 et après), puis Cruiser 36 redessiné par Farr (2010/2011 et après).
Bavaria 36, la première génération (1998-2000)
- Architecte
- J&J Design (Jakopin & Jakopin)
- Longueur
- 11,55 m hors-tout · flottaison 9,40 m
- Bau
- 3,68 m
- Tirant d’eau
- 1,85 m, quille à bulbe fonte — une quille courte vers 1,65 m est signalée par une seule source
- Déplacement
- 5 360 kg · lest 1 780 kg
- Gréement
- en tête, 63,4 m² de voilure déclarée
- Moteur
- Volvo Penta MD2030, 29 ch, sur saildrive
- Réservoirs
- eau 299 L · gasoil 91 L
- Aménagement
- 2 ou 3 cabines, 6 à 8 couchettes
- À savoir
- renommé Bavaria 37 en 2000 — certaines annonces l’appellent « 36 Holiday »
Bavaria 36-2/36-3 (2002-2004)
- Architecte
- J&J Design
- Longueur
- 11,40 m hors-tout · flottaison 9,40 m
- Bau
- 3,60 m
- Tirant d’eau
- 1,65 m, quille à bulbe
- Déplacement
- 5 500 kg · lest 1 500 kg
- Gréement
- fractionné — c’est le vrai changement par rapport à la génération d’avant
- Moteur
- Volvo Penta MD2030 sur les exemplaires décrits en forum, sur saildrive
- Réservoirs
- capacités non retrouvées sur fiche fiable — à vérifier sur l’annonce ou les papiers
- Aménagement
- 2 ou 3 cabines
Bavaria 36 Cruiser (2005-2010)
- Architecte
- J&J Design
- Longueur
- environ 11,0 m de coque, 11,35 à 11,40 m tout compris, plateforme de bain basculante comprise — les fiches divergent de 40 cm selon la méthode
- Bau
- 3,60 m
- Tirant d’eau
- deux quilles au catalogue : 1,60 m en courte, 1,83 à 1,95 m selon les sources pour la profonde
- Déplacement
- 5 639 à 6 500 kg selon la source — aucune fiche chantier d’époque retrouvée pour trancher
- Lest
- environ 2 050 kg, chiffre non recoupé pour cette génération
- Moteur
- Volvo Penta D1-30, 27 à 30 ch, sur saildrive
- Réservoirs
- eau 300 à 360 L, gasoil 150 à 180 L sur les versions privées — souvent moins sur les ex-charter
- Aménagement
- 2 cabines/6 couchettes ou 3 cabines/8 couchettes, une seule salle d’eau dans les deux cas
- Hauteur sous barrots
- environ 1,95 m
Bavaria Cruiser 36, dessiné par Farr (2010/2011-2015)
- Architecte
- Farr Yacht Design, intérieur BMW Group DesignworksUSA
- Longueur
- 11,30 m hors-tout · flottaison 9,90 m
- Bau
- 3,67 m
- Tirant d’eau
- 1,97 m en quille profonde, 1,63 m en courte
- Déplacement
- 7 000 kg · lest 2 080 kg
- Gréement
- fractionné, 68,93 m² déclarés, grand-voile enrouleur en série
- Moteur
- D1-30F de 28 ch sur la brochure — une fiche américaine donne D1-20, écart non résolu
- Réservoirs
- eau 208 L · gasoil 151 L
- À savoir
- c’est ce bateau-là, et non le J&J, que des sites généralistes décrivent par erreur sous le nom « Bavaria 36 »
Reste le Bavaria C36 de 2022, dessiné par Maurizio Cossutti : un bateau neuf, plus court, dont nous n’avons pas pu recouper les caractéristiques. Aucun risque de le confondre en pratique avec un 36 des années 2000 — l’écart de prix et d’âge s’en charge. Si vous voyez une annonce « Bavaria C36 » dans vos recherches, ce n’est pas cette famille.
Ce qui revient chez les propriétaires
Du plus solidement attesté au plus isolé. La marge dit d’où ça vient et ce que ça vaut.
la fiche la plus structurée trouvée, corroborée par la nature même du moteur
Sur le 36 Cruiser, la membrane du saildrive est le point critique numéro un. Le D1-30 entraîne l’hélice par une embase traversante, étanchée par une membrane en caoutchouc que le fabricant dit remplacer tous les sept ans. Beaucoup de bateaux en circulation tourneraient encore avec la membrane d’origine. Sur un bateau de quinze à vingt ans, ce n’est pas une question d’entretien : c’est une pièce de sécurité. La date est gravée sur la pièce elle-même.
un propriétaire d’un 36 trois cabines, sur le forum Hisse et Oh
Sur les générations 1998-2004, le coude d’échappement du MD2030. « Le Volvo MD2030, à cause de son infernal coude d’échappement (entre autres) » : le propriétaire le classe, avec les toilettes, parmi les deux sources principales de problèmes d’un voilier. Le coude qui s’encrasse et se corrode est le point d’entretien archi-connu de ce moteur, indépendant du chantier. Sur un bateau de plus de vingt ans, prévoyez-le d’office dans le budget, et vérifiez sa date de remplacement.
deux témoignages concordants, dont un propriétaire direct du modèle 2002
Sur le 36-2/36-3, des portes avant qui se bloquent à la gîte. Un intervenant décrit un pont qui se déforme en emmenant avec lui la cloison avant, « qui n’est ni collée ni stratifiée au pont » : à un bord on ne pouvait ouvrir que la cabine avant, à l’autre que le cabinet de toilette. Le propriétaire d’un B36 de 2002 confirme : la porte de la cabine avant ou des toilettes « se bloque si trop de gîte », par plus de 20-25 nœuds, et il n’a trouvé aucune solution décrite en ligne. Deux voix indépendantes, c’est le défaut le mieux attesté de cette génération. Faites-le vérifier spécifiquement à l’expertise.
un propriétaire au retour d’un démâtage aux Açores, et un essayeur de la génération d’avant
Le gréement dormant, souvent d’origine, parfois en cause. Sur un 36 ayant fait le chemin de Nouméa puis démâté aux Açores, le conseil est sans détour : « vérifier impérativement si le gréement a été changé, il travaille à 25 % de la charge de rupture et certaines séries ont eu des défauts ». Un autre intervenant cite au contraire ce même passage du Nord-Ouest comme preuve de solidité. Ce qui est sûr, c’est l’âge : le gréement Selden d’origine des années 2000 a dépassé depuis longtemps l’âge de remplacement. Demandez l’année, et un devis de gréeur si la réponse est « d’origine ».
deux intervenants du forum propriétaires Bavaria, et un fil anglais plus général
La rumeur « les quilles Bavaria tombent » vient d’ailleurs. Sur le forum des propriétaires, la question est posée frontalement, et la réponse la mieux documentée est celle-ci : « Ignore the keel thing. It was a specific problem on a Match 35 years ago. I don’t think there are any instances of one falling off a 36 » — sauf peut-être après un échouage franc. Un fil anglais ajoute une vraie matière à vigilance : ces bateaux à grande série sont fixés par des boulons zingués, pas en inox, qui méritent un contrôle de couple, et un joint de mastic fatigué se confond aisément, à l’œil, avec une vraie faille. Aucun cas de quille perdue sur un 36 n’a été trouvé. Vérifiez le couple et l’absence de fissuration du gelcoat autour de l’embase, comme sur tout bateau de cette famille.
une seule source chacune, formulations générales sans cas chiffré
Deux points à pondérer, sur le 36 Cruiser. Le jeu dans les paliers de safran, signalé sur les dessins J&J de cette époque : cherchez un cognement en route, et du jeu sur l’axe à sec. Et la liaison entre la grille structurale interne et la coque, qui peut se séparer après un talonnage : cherchez des craquelures du gelcoat autour des boulons de quille, et tout écart entre les lacets de plancher et la coque.
des propriétaires contents, et une source éditoriale qui résume
Ce qui fait vendre le bateau : le volume et le prix. Volume intérieur et hauteur sous barrots exceptionnels pour la taille, pièces standard faciles à faire réparer partout, valeur de revente solide grâce à la marque. Un propriétaire ionien qui vit six mois par an à bord, après être descendu d’un Bénéteau de 39 pieds : « bien screwed together », frigo qui fait des glaçons par 37 degrés, « can’t fault it for the job it does ». Le revers, dit ailleurs : des finitions légères, une insonorisation moyenne, et une certaine mollesse dans les petits airs.
Ce que le corpus ne tranche pas
un témoignage de 2020 contre deux sources plus positives
Le confort au mouillage par mer établie. Un propriétaire, content en navigation — 7 nœuds de moyenne, des pointes à 9 — durcit son jugement quatre ans après : « pour rester au port dès qu’il y a un peu de mer ça tape comme c’est pas permis… ce n’est jamais qu’une caravane flottante ». En face, une source éditoriale décrit une tenue de mer « sécurisante, stable et saine, même dans la brise », et un autre propriétaire navigue six mois par an dessus. La carène pleine qui fait le volume intérieur tape sans doute plus sur l’ancrage qu’elle ne dérape en mer : personne ne tranche.
un intervenant isolé, contredit par trois autres dans le même fil
La qualité de construction Bavaria de ces années-là. « Les dernières séries sont pitoyables par leurs mauvaises qualités de fabrication. A force de tirer sur les prix on a tiré sur la qualité. » Un intervenant répond dans la minute que la construction y est « encore très bonne », que les défauts se cachent dans les éléments secondaires — circuit électrique, plomberie ; un autre note que la réputation des Bavaria n’a rien à voir entre la France et les Pays-Bas, où elles remplissent les pontons ; un troisième résume : tout dépend de ce que le premier propriétaire a entretenu. Les trois voix négatives sont une, les trois positives sont trois.
des annonces impossible à rattacher, non résolu
Les « 36 Cruiser » de 2011 et 2012 : lequel est-ce ? Après 2010, le nom passe du dessin J&J au dessin Farr, et les annonces de ces millésimes-là ne permettent pas de savoir laquelle des deux coques se vend. Sur le papier du vendeur, l’année modèle est écrite ; sur l’annonce, elle ne dit rien. Deux bateaux de gabarit assez différent — 5 600-6 500 kg d’un côté, 7 000 kg de l’autre — se cachent sous le même intitulé.
Les questions à envoyer au vendeur
La première commande toutes les autres, et les trois suivantes se règlent par écrit, avant de réserver l’hôtel.
- 01Lequel des quatre Bavaria 36 est-ce ? Année modèle exacte sur la plaque et les papiers, pas sur le titre de l’annonce.
- 02La membrane du saildrive a-t-elle déjà été remplacée, quand, et par qui ? La date est gravée sur la pièce — une facture si possible.
- 03Sur un MD2030 : le coude d’échappement a-t-il été remplacé, et quand ?
- 04En quelle année le gréement dormant a-t-il été changé, en entier ou en partie ?
- 05Quelle quille : courte ou profonde, et quel tirant d’eau sur les papiers ?
- 06Sur un 36-2/36-3 : les portes de la cabine avant et des toilettes se bloquent-elles à la gîte ?
- 07Le bateau a-t-il talonné ? Photos de la zone des boulons de quille dans les fonds, et contrôle de couple demandé à l’expertise.
- 08Le bateau a-t-il navigué en flotte de location ? Heures moteur, compteur d’origine ?
- 09Sur un Cruiser 36 de 2010-2015 : J&J ou Farr, et quel moteur exactement sur la plaque ?
- 10Humidité du pont autour des chaînages et des bases de lattes, état des hublots collés, dernier carénage avec relevé d’humidité de la coque ?